Il se tient, là, près de moi, plein de cette grâce détestable que tous les saints ont à fleur de peau. Il feuillette d’un air tranquille les pages lourdes de son passé. Son regard tourné vers le temps prolonge son cou tendu par un éventuel effort de grandeur. Il a été grand, et depuis, il ne fait plus rien d'autre que de tenter futilement de se rappeler de la patétique époque où il n'était plus inefficace. Sous le petit chapeau mesquin de son aura, qui flotte dans la nuée des pensées comme une girouette de plumes noires, il se tient, atroce.
Une mare de sang s’imagine. Un choc de compréhesion sourde souligne mon mouvement ostentatoire. Un retournement, une remise en main du tarot de ma vie. Mon regard croise celui du vide et pour la première fois, nous nous comprenons. Ses orbites sans couleur me montrent plus qu’un miroir la chose qui me sert de «moi».
Je m’étends vers ce vide, en un doux meurtre créateur.
Mais alors l’arrière de ma tête le scrute non sans conscience. Fatigué, je me tourne vers la sainte chose et lui annonce ma démission.
Cet homme se tenait au bout de son cigare, comme une fleur fanée au bout d’une tige fumante. Les pétales froissées de sa civilisation n’en pouvaient plus de trainer sur le sol sali. Autour, de lui flottaient des larmes, des larmes. Et tout ce système vibrait avec une condescendance digne d’une horloge suisse....